Inondations au Sénégal : la Ligue démocratique appelle à dépasser les urgences pour une solution durable
Face à la répétition des inondations au Sénégal, la Ligue démocratique (LD) plaide pour un changement de méthode. Dans une déclaration rendue publique à Dakar le 11 octobre 2026, le parti appelle à dépasser les interventions d’urgence et les polémiques politiques afin de construire une stratégie nationale de prévention et de gestion des inondations. Il propose notamment l’ouverture d’un dialogue national réunissant les pouvoirs publics, les experts, les collectivités territoriales et les acteurs de la société civile.
Pour la LD, la persistance de ce phénomène, malgré les programmes et les investissements engagés au fil des années, impose une réflexion collective sur l’efficacité des politiques menées. L’enjeu, selon le parti, est de sortir d’un cycle dans lequel les populations subissent les conséquences des pluies, avant de voir les interventions d’urgence reprendre, sans que les causes profondes soient suffisamment prises en charge.
Plus de trente ans face à un problème récurrent
Au Sénégal, les saisons des pluies continuent de s’accompagner de difficultés importantes dans plusieurs localités. Des quartiers sont envahis par les eaux, des habitations deviennent difficilement accessibles, des routes sont impraticables et des activités économiques sont perturbées. Les établissements scolaires peuvent également subir les conséquences des inondations, tandis que des familles se retrouvent confrontées à des conditions de vie difficiles.
Dans sa déclaration, la Ligue démocratique rappelle que cette situation perdure depuis plus de trois décennies. Le parti souligne que plusieurs programmes ont pourtant été engagés pour tenter d’apporter des réponses à ce problème, notamment le Programme décennal de gestion des inondations lancé en 2012, ainsi que différents projets consacrés au drainage, à la cartographie des zones exposées et à la restructuration de certains quartiers.
La LD reconnaît que des résultats ont été obtenus dans plusieurs territoires. Elle estime néanmoins que les inondations demeurent une menace récurrente pour une partie importante de la population sénégalaise.
Cette situation conduit le parti à poser une question centrale : pourquoi les efforts consentis au cours des dernières décennies n’ont-ils pas permis de trouver une réponse suffisamment durable ?
Pour la Ligue démocratique, cette interrogation ne doit pas être transformée en instrument de confrontation entre les différentes forces politiques. Le parti considère que les populations touchées ont besoin de solutions concrètes plutôt que de controverses partisanes autour de la responsabilité des gouvernements successifs.
La déclaration ne remet pas pour autant en cause le principe de responsabilité publique. Elle invite plutôt à l’associer à une réflexion collective sur les politiques engagées, les résultats obtenus et les difficultés rencontrées. L’objectif serait notamment de comprendre pourquoi certaines solutions n’ont pas produit les effets attendus et d’identifier les changements nécessaires.
Au-delà des interventions ponctuelles, la LD appelle ainsi à examiner l’ensemble des facteurs qui contribuent à la répétition des inondations. Une démarche qui suppose, selon elle, de tirer les enseignements des expériences précédentes et de mieux articuler les investissements, les décisions d’aménagement et les dispositifs de prévention.
Urbanisation, drainage et prévention au cœur des solutions
Pour la Ligue démocratique, les inondations ne peuvent pas être expliquées uniquement par l’importance des précipitations. Le phénomène résulte également de plusieurs facteurs liés à l’occupation de l’espace, à l’évolution des villes, à l’environnement et aux infrastructures.
Le parti cite notamment l’urbanisation rapide, l’occupation des zones naturelles d’écoulement des eaux, l’imperméabilisation progressive des sols, les insuffisances des réseaux de drainage et les difficultés liées à la gestion du foncier et à l’aménagement du territoire. Il évoque également les effets du changement climatique.
Cette lecture conduit la LD à défendre une approche globale du problème. Les solutions techniques, comme les motopompes et les canalisations, peuvent contribuer à limiter les conséquences immédiates des inondations. Toutefois, selon le parti, elles ne sauraient suffire si les causes structurelles ne sont pas prises en compte.
La prévention devrait donc occuper une place centrale dans les politiques publiques. La déclaration préconise notamment de mieux adapter l’aménagement des territoires à leur niveau d’exposition aux risques. Elle insiste également sur la nécessité de protéger les zones naturelles qui permettent aux eaux de s’écouler ou de s’accumuler temporairement.
La LD estime par ailleurs que les nouveaux lotissements et les infrastructures doivent intégrer, dès leur conception, les questions liées à la circulation des eaux pluviales. Les réseaux de drainage devraient être pensés à l’échelle des bassins versants, avec des capacités adaptées à l’évolution des conditions climatiques.
Une autre piste avancée concerne la valorisation de l’eau de pluie. Plutôt que de la considérer uniquement comme une menace à évacuer, le parti propose de l’envisager également comme une ressource pouvant être captée, stockée et réutilisée.
Au-delà de ces orientations, la déclaration plaide pour une politique de long terme, capable de dépasser les changements de gouvernement. La LD propose notamment une cartographie nationale régulièrement actualisée des zones à risque, une planification urbaine cohérente, la réalisation d’infrastructures de drainage et de stockage adaptées ainsi que la restructuration des quartiers les plus exposés.
Le parti insiste aussi sur l’évaluation des investissements publics. Selon sa proposition, chaque dépense consacrée à la lutte contre les inondations devrait pouvoir être appréciée en fonction de sa capacité réelle à réduire les risques. Il s’agirait ainsi de mieux mesurer les résultats obtenus et d’éviter que les gouvernements successifs soient contraints de reprendre les mêmes travaux sans tirer pleinement profit des expériences antérieures.
Pour sortir de ce qu’elle présente comme un cycle d’urgence, d’assistance et d’oubli, la Ligue démocratique appelle à un dialogue national consacré aux inondations. Elle interpelle à cet effet le président de la République et souhaite que les différentes composantes de la société puissent participer à la définition d’une stratégie commune.
Les autorités étatiques, les collectivités territoriales, les partis politiques, les universités, les centres de recherche, les ingénieurs, les experts, le secteur privé, la société civile et les organisations communautaires figurent parmi les acteurs que la LD souhaite voir associés à cette démarche. Les partenaires techniques et financiers sont également concernés par cet appel.
L’objectif, selon le parti, ne devrait pas se limiter à l’affichage d’un accord politique. Il s’agirait plutôt de construire une stratégie fondée sur les données scientifiques, l’expérience du terrain et une évaluation objective des politiques déjà mises en œuvre.
La LD propose notamment l’organisation d’une grande conférence nationale sur les inondations. Elle invite les acteurs concernés à examiner les politiques conduites depuis le début des années 2000, à préserver les dispositifs qui ont fait leurs preuves, à corriger les insuffisances constatées et à explorer de nouvelles solutions lorsque cela s’avère nécessaire.
La définition d’objectifs à court et à moyen terme figure également parmi les pistes avancées. Pour le parti, ces objectifs devraient s’accompagner des moyens nécessaires à leur réalisation et d’un mécanisme permettant d’apprécier régulièrement les progrès accomplis.
La déclaration met enfin l’accent sur la nécessité de penser au-delà des échéances électorales. Les décisions prises aujourd’hui en matière d’urbanisme et d’infrastructures peuvent avoir des conséquences pendant plusieurs décennies. À l’inverse, des choix inadaptés peuvent exposer durablement les populations à des risques évitables.
La Ligue démocratique estime que le Sénégal dispose de compétences scientifiques, techniques et humaines, ainsi que d’une expérience accumulée à travers les études et les programmes déjà engagés. Le défi consisterait désormais à transformer ces acquis en une politique cohérente, financée, évaluée et inscrite dans la durée.
En définitive, le parti appelle les forces vives du pays à faire des inondations une cause nationale, en privilégiant la prévention et la responsabilité collective. Son message est clair : la lutte contre ce phénomène ne devrait pas être enfermée dans les rivalités politiques ni limitée aux interventions menées pendant l’hivernage. Elle devrait devenir une politique publique durable, tournée vers la protection des populations et des générations futures.
El. HADJI IBRAHIMA FAYE