OFNAC : Moustapha Ka revendique une « nouvelle dynamique » dans la lutte contre la corruption

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Invité de l’émission Point de vue, le président de Office national de lutte contre la fraude et la corruption, Moustapha Ka, a présenté un premier bilan de l’action de l’institution depuis l’installation de la nouvelle équipe dirigeante en décembre 2025. Entre progression du Sénégal dans les classements internationaux, multiplication des plaintes et intensification des enquêtes, le magistrat évoque une « nouvelle dynamique » dans la lutte contre la corruption. Selon lui, le Sénégal a enregistré une amélioration de son score dans l’Indice de perception de la corruption (IPC), passant de 43 points en 2023 à 46 points en 2025. Une progression de trois points qu’il qualifie de « record », même si le pays reste encore sous la barre symbolique des 50 points, considérée comme le seuil de sortie de la « zone rouge ». « Il nous reste quatre points à gagner pour atteindre la barre des 50 », a déclaré Moustapha Ka, précisant que le Sénégal occupe désormais la 62e place sur 182 pays classés. À l’échelle africaine, le pays reste derrière les Seychelles, le Cap-Vert, le Botswana et le Rwanda.

Deux autosaisines en six mois

Le président de Office national de lutte contre la fraude et la corruption a surtout insisté sur l’évolution des méthodes d’intervention de l’institution. Il révèle que l’OFNAC a enregistré deux dossiers d’autosaisine depuis l’installation de la nouvelle équipe le 29 décembre 2025. « De 2012 à 2025, l’OFNAC n’avait connu que deux autosaisines. Ce qu’on a fait en douze ans, nous l’avons fait en moins d’un an », a-t-il affirmé. Les dossiers concernés toucheraient notamment l’administration publique, particulièrement les secteurs de la santé et de la presse, même si le responsable invoque le secret de l’enquête pour ne pas donner davantage de détails. Il a toutefois appelé à une utilisation prudente de l’autosaisine, estimant qu’elle doit reposer sur des « critères objectifs » et sur la crédibilité des informations recueillies.

107 plaintes et 27 enquêtes ouvertes

Depuis l’entrée en fonction de la nouvelle équipe, Office national de lutte contre la fraude et la corruption affirme avoir reçu 107 plaintes et dénonciations. Pour Moustapha Ka, cet afflux reflète « l’engouement » suscité par les réformes engagées depuis l’alternance politique de 2024, notamment le renforcement des pouvoirs de l’OFNAC ainsi que les nouvelles lois sur les lanceurs d’alerte et l’accès à l’information. Sur ces 107 dossiers, 33 ont été classés sans suite car ne relevant pas du champ de compétence de l’institution. En revanche, 27 ordres d’ouverture d’enquête ont déjà été signés, tandis que six autres projets sont en cours de transmission au département des investigations. Le président de l’OFNAC précise également que deux rapports d’enquête finalisés ont déjà été transmis et que trois autres sont « en phase de transmission ».

189 auditions et des secteurs jugés sensibles

Sur le plan opérationnel, l’institution revendique une activité soutenue avec 189 auditions réalisées auprès de personnes « de tous rangs et de tous statuts ». L’OFNAC a également adressé 147 réquisitions à différentes administrations, banques et structures financières afin de vérifier des comptes bancaires, mouvements financiers, cartes grises ou titres fonciers. « Le refus de donner l’information sollicitée est constitutif d’infraction », a averti Moustapha Ka, assurant que les administrations réticentes pourraient faire l’objet de poursuites. Parmi les secteurs les plus exposés aux dossiers traités figurent les collectivités territoriales, la santé, l’action sociale, l’habitat, le foncier, le transport ainsi que la formation professionnelle et l’environnement. Le magistrat évoque notamment des cas d’« extorsion au niveau du contrôle routier ». Il souligne également que l’OFNAC peut être saisi de faits de corruption impliquant des Sénégalais à l’étranger, notamment dans les représentations diplomatiques.

« Les résultats seront visibles devant la justice »

Enfin, Moustapha Ka a détaillé le mécanisme de validation des rapports d’enquête avant leur transmission à la justice. Chaque dossier est examiné par une assemblée composée de douze membres indépendants issus de différents corps : magistrature, université, administration et société civile. « Ce n’est pas n’importe quel rapport qui est transmis », a-t-il insisté, estimant que les résultats du travail de l’OFNAC seront véritablement perceptibles lorsque les juridictions compétentes engageront des poursuites judiciaires contre les personnes mises en cause. EL IBRAHIMA FAYE  
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