Macky Sall a détaillé hier sa vision des Nations unies lors du grand débat consacré aux candidats au poste de secrétaire général de l’Organisation. Organisée au siège de l’ONU, cette rencontre a permis aux différents prétendants d’exposer leurs priorités et leurs propositions face aux défis auxquels le monde est confronté.
Interrogé sur l’héritage qu’il souhaiterait laisser à la tête de l’institution s’il était élu, l’ancien président de la République du Sénégal a présenté un projet centré sur la modernisation, l’efficacité et la réforme de l’organisation.
Une vision de transformation pour les Nations unies
Selon lui, les Nations unies doivent retrouver davantage de confiance auprès des États membres et des populations, tout en s’adaptant aux mutations technologiques et géopolitiques du XXIe siècle.
« Je voudrais laisser une ONU confiante, efficace et profondément réformée », a-t-il déclaré devant les représentants des États membres.
Pour Macky Sall, cette transformation doit s’appuyer sur une modernisation du fonctionnement de l’organisation. Il estime que l’ONU doit pleinement réussir sa transition numérique afin de gagner en efficacité dans la gestion de ses missions. Cette ambition passe notamment par l’utilisation accrue des nouvelles technologies et par une meilleure organisation des services administratifs.
L’ancien chef de l’État sénégalais considère que l’organisation internationale ne peut continuer à fonctionner avec les mêmes méthodes alors que le monde connaît des changements rapides. Face à l’accélération des crises et à la complexité croissante des enjeux internationaux, il juge indispensable que les Nations unies disposent d’outils modernes capables d’améliorer la prise de décision et la gestion des opérations.
L’intelligence artificielle au service du multilatéralisme
Parmi les axes majeurs de son programme figure l’intégration de l’intelligence artificielle dans le fonctionnement de l’organisation. Macky Sall a fait de cette question l’un des éléments centraux de sa candidature.
Selon lui, les avancées technologiques offrent des opportunités importantes pour renforcer l’efficacité des Nations unies. L’intelligence artificielle pourrait notamment contribuer à améliorer l’analyse des situations de crise, à optimiser les activités du Secrétariat et à renforcer les capacités d’anticipation de l’organisation.
L’ancien président sénégalais estime également que ces outils pourraient aider à identifier plus rapidement les menaces susceptibles de compromettre la paix et la sécurité internationales. Ils permettraient aussi de rationaliser certaines dépenses et de limiter les inefficacités observées dans plusieurs programmes de l’organisation.
Toutefois, Macky Sall a insisté sur le fait que la technologie ne constitue pas une solution miracle. Pour lui, l’intelligence artificielle doit rester un instrument au service des objectifs des Nations unies et non une finalité en soi. Son utilisation doit s’inscrire dans une démarche globale visant à renforcer l’efficacité de l’institution tout en respectant les principes fondamentaux du multilatéralisme.
Le candidat sénégalais a également rappelé que les réformes ne peuvent être imposées par le seul secrétaire général. Selon lui, leur réussite dépend avant tout de l’engagement des États membres.
Il a souligné que les ambitions d’un dirigeant, aussi importantes soient-elles, restent limitées sans une volonté politique collective. Cette conviction rejoint sa position déjà exprimée sur la nécessité de réformer certaines instances de l’ONU, notamment le Conseil de sécurité, afin de mieux refléter les réalités du monde contemporain.
Pour Macky Sall, l’avenir de l’organisation repose sur un équilibre entre innovation technologique, efficacité administrative et adhésion des États membres aux réformes proposées.
La question du financement du développement au cœur des préoccupations
Au-delà des enjeux institutionnels, Macky Sall a consacré une partie importante de son intervention à la situation économique des pays en développement.
L’ancien président sénégalais a dénoncé les difficultés auxquelles ces pays sont confrontés lorsqu’ils cherchent à accéder aux financements internationaux. Selon lui, le principal problème ne réside pas seulement dans le niveau de la dette, mais surtout dans les conditions auxquelles cette dette est accordée.
Il a notamment mis en avant les écarts importants qui existent entre les coûts d’emprunt supportés par les pays développés et ceux imposés aux nations du Sud. D’après lui, ces dernières se financent souvent à des taux largement supérieurs, ce qui réduit considérablement leurs capacités d’investissement et freine leur développement économique.
Macky Sall attribue cette situation à plusieurs facteurs, notamment les mécanismes de garantie et les primes de risque appliquées par les marchés financiers internationaux. Il estime que ces pratiques pénalisent fortement les économies émergentes et limitent leurs marges de manœuvre.
Face à ce constat, il a plaidé pour une réflexion collective impliquant les États membres, les institutions financières internationales et les agences de notation. L’objectif serait de définir un cadre plus équilibré permettant aux pays en développement d’accéder à des financements dans des conditions plus justes.
Selon lui, cette réforme est essentielle pour atteindre les objectifs de développement durable et réduire les inégalités entre les différentes régions du monde.
Macky Sall a également souligné que les ressources publiques disponibles pour financer le développement se sont considérablement réduites au cours des dernières années. Cette baisse oblige désormais les États à explorer d’autres sources de financement.
Dans ce contexte, il a appelé à une plus grande mobilisation du secteur privé. Toutefois, il estime que cette mobilisation ne pourra être efficace que si les risques liés à l’investissement sont mieux maîtrisés.
Pour l’ancien président sénégalais, les partenariats entre acteurs publics et privés doivent être encouragés afin de stimuler les investissements productifs, développer les infrastructures et favoriser la création d’emplois. Il considère également que le renforcement des échanges commerciaux constitue un levier essentiel pour soutenir la croissance économique mondiale.
Diplomatie préventive et dialogue entre les puissances
Au cours du débat, Macky Sall a également exposé sa conception du rôle de secrétaire général des Nations unies. Selon lui, cette fonction exige avant tout impartialité, sens du dialogue et capacité à maintenir des canaux de communication ouverts même dans les situations les plus tendues.
Il a affirmé vouloir faire de la diplomatie préventive une priorité de son mandat s’il était élu. Cette approche consiste à intervenir en amont des crises afin d’éviter leur aggravation et de favoriser des solutions négociées.
Pour Macky Sall, le secrétaire général doit être à la fois un facilitateur, un médiateur et un lanceur d’alerte capable d’attirer l’attention de la communauté internationale sur les risques émergents.
Il a particulièrement insisté sur la nécessité de dialoguer avec toutes les parties concernées, y compris les grandes puissances et les membres permanents du Conseil de sécurité. Selon lui, la crédibilité de l’ONU repose sur sa capacité à maintenir le dialogue même lorsque les relations entre États sont marquées par la méfiance ou l’affrontement.
L’ancien président sénégalais s’est présenté comme un « bâtisseur de ponts » capable de rapprocher des positions parfois opposées. Il estime que la mission du secrétaire général consiste à créer les conditions de la confiance et à favoriser la recherche de compromis.
Pour illustrer cette philosophie, il a évoqué son expérience à la tête de l’Union africaine au début de la guerre en Ukraine. Il a rappelé avoir entrepris des démarches diplomatiques auprès des autorités russes et ukrainiennes dans un contexte particulièrement tendu.
Selon lui, cette initiative répondait à une nécessité pour l’Afrique, fortement touchée par les conséquences économiques du conflit, notamment en matière d’approvisionnement en céréales et en engrais.
Malgré les critiques formulées à l’époque, il considère que le dialogue reste indispensable quelles que soient les circonstances. À ses yeux, aucune crise ne peut être résolue durablement sans communication entre les parties concernées.
Enfin, Macky Sall a lancé un appel à la responsabilité collective des dirigeants du monde. Il a estimé que les défis actuels — conflits armés, rivalités géopolitiques, changement climatique et difficultés économiques — exigent davantage de coopération et de confiance entre les nations.
À travers son intervention, le candidat sénégalais a cherché à défendre une vision fondée sur la réforme, l’innovation et le dialogue. Il a ainsi présenté sa candidature comme celle d’un dirigeant capable de moderniser les Nations unies tout en préservant leur rôle central dans la promotion de la paix, du développement et de la coopération internationale.
El Hadji Ibrahima FAYE