Pour comprendre les interactions et les relations de causalité entre les questions qui agitent l’opinion, il convient de convoquer des faits qui ont traversé le gouvernement Sonko. Ces faits répétitifs, par leur succession et leur coïncidence, laissent penser à une stratégie bien mûrie et savamment orchestrée.
La casse du ministère des Finances
Sur les auteurs, les mobiles et la réussite finale de cette entreprise, il faut analyser la situation sous trois angles : technique, financier et social.
1. Qui en est l’auteur et pour quel mobile ?
L’incendie physique, le vol de matériel ou les « bugs » informatiques répétés au sein d’un ministère aussi stratégique que celui des Finances ne relèvent jamais du hasard. Ce sont les armes d’un « État profond » ou de réseaux d’intérêts menacés.
Les auteurs : une alliance objective entre des éléments de la haute bureaucratie (qui craignent de perdre leurs privilèges ou d’être audités), des acteurs économiques habitués aux marchés de gré à gré et des officines politiques de l’ombre.
Le mobile immédiat : l’effacement des traces. Pourquoi emporter des ordinateurs et soustraire des données ? Pour bloquer les audits, faire disparaître les preuves de détournements passés ou paralyser les réformes de transparence (comme la digitalisation des recettes et des dépenses) qui menacent les circuits de corruption administrative.
Le mobile stratégique : la création du chaos. En faisant dysfonctionner le système financier, on retarde le paiement des fournisseurs, on bloque les salaires et on ralentit les investissements publics. L’objectif est de faire paraître le gouvernement d’Ousmane Sonko comme « incompétent » aux yeux de l’opinion.
2. Le coup financier a-t-il réussi ?
Oui, en partie, sur le plan de l’usure. Aucun gouvernement, aussi volontaire soit-il, ne peut piloter efficacement une économie si le « nerf de la guerre » est constamment saboté de l’intérieur. Le coût de la résistance administrative est épuisant. En orchestrant ces blocages, les détracteurs ont réussi à freiner la vitesse des réformes économiques et à imposer des arbitrages complexes, contribuant ainsi à créer les conditions de son départ ou de sa reconfiguration politique.
3. Ont-ils réussi leur coup social en le coupant du peuple ?
« Rien n’est moins sûr. » Cette formule résume parfaitement la situation.
C’est là que la stratégie des saboteurs se heurte à une limite majeure. En politique, il existe une différence fondamentale entre l’usure institutionnelle — réussir à faire partir un homme ou à bloquer un ministère — et la rupture affective avec les masses.
L’effet boomerang : pour une grande partie de la population, ces épreuves, ces incendies et ces vols ne font que valider la thèse de Sonko : celle d’un système corrompu prêt à brûler ses propres meubles plutôt que de rendre des comptes. Loin de le discréditer, cet acharnement le victimise politiquement et renforce sa stature de résistant face aux « lobbies destructeurs ».
Le capital politique intact : le lien entre Sonko et sa base sociale ne s’est pas construit sur la fluidité de l’administration, mais sur une promesse de rupture systémique et un serment de redevabilité. Tant que ce serment est perçu comme toujours d’actualité, le coup social apparaît comme un échec pour ses détracteurs.
Trouver la réponse à ces questions, c’est comprendre que la politique ne se joue pas seulement sur les plateaux de télévision ou dans les urnes, mais aussi dans les sous-sols des ministères, là où les bases de données et les disques durs deviennent les véritables champs de bataille d’une souveraineté économique à conquérir.
Les saboteurs ont peut-être gagné une bataille technique et financière en provoquant ce départ, mais, sur le plan social, le procès en légitimité reste entièrement ouvert.
Face à cette résistance de l’appareil administratif, l’étape cruciale sera le rassemblement politique afin que ce capital social et cette confiance populaire se traduisent en victoires structurelles durables.
C’est la lecture qu’il convient de faire du Congrès du PASTEF.
Mamadou Kassé