À Bakel, enseignants et experts appellent à refonder l’école face aux défis du futur

0 56

 

À Bakel, la célébration du 1er mai a pris une dimension à la fois revendicative et prospective. L’Amicale des enseignants de Bakel y a organisé un panel réunissant enseignants, inspecteurs et responsables pédagogiques autour des défis du système éducatif sénégalais à l’horizon 2050. Autour du thème « Éducation et monde du travail au Sénégal : enjeux et perspectives pour un système éducatif plus performant », ces échanges ont mis en lumière un système fragilisé, mais aussi traversé par une volonté affirmée de transformation.

Dans un contexte marqué par une crise sociale durable, la question du syndicalisme et du droit de grève s’impose comme un sujet central dans le débat éducatif. Invité à s’exprimer devant un public attentif, le proviseur du lycée Waoundé Ndiaye, Gora Diouf, a livré une analyse à la fois historique, juridique et contemporaine du mouvement syndical.

La grève, un droit fondamental pour les enseignants 

D’emblée, il a rappelé que le syndicalisme trouve ses racines dans la révolution industrielle du XIXe siècle, période durant laquelle les travailleurs, confrontés à des conditions de vie et de travail difficiles, ont commencé à s’organiser collectivement pour défendre leurs droits. Cette dynamique a progressivement structuré des formes d’action et de représentation qui perdurent aujourd’hui, même si leurs modalités ont évolué.

Selon lui, le syndicalisme se décline en plusieurs tendances, dont les principales sont le réformisme, le courant révolutionnaire et le corporatisme. Le premier privilégie le dialogue et la négociation pour obtenir des avancées, le second vise une transformation profonde du système, tandis que le troisième se concentre sur la défense d’intérêts spécifiques à une profession. Malgré ces différences, tous partagent des missions fondamentales : représenter les travailleurs, négocier les conditions de travail, défendre les acquis sociaux et, en cas de blocage, recourir à la grève.

Sur le plan juridique, Gora Diouf a tenu à souligner que le droit de grève est reconnu comme un droit fondamental par la Constitution sénégalaise. Toutefois, dans la fonction publique, son exercice est strictement encadré. Les enseignants, par exemple, doivent respecter un préavis d’un mois, engager des négociations préalables et se conformer au principe du service fait, selon lequel la rémunération est liée à l’exécution effective du travail.

Mais cet équilibre est aujourd’hui mis à rude épreuve. Depuis l’année scolaire 2025-2026, le secteur éducatif est secoué par une série de mouvements de grève et d’actions revendicatives. Débrayages, arrêts de travail et protestations traduisent un malaise profond.

La réaction des autorités, notamment à travers des retenues sur salaires opérées en février 2026, a contribué à exacerber les tensions. Justifiées au nom du principe du service fait, ces mesures sont contestées par les syndicats, qui dénoncent des irrégularités et des prélèvements jugés excessifs.Au-delà des aspects financiers, cette situation révèle une crise de confiance entre les partenaires sociaux. Des voies de recours existent, mais leur efficacité est souvent remise en cause, ce qui pousse les syndicats à privilégier l’action collective, avec un risque de radicalisation du conflit.

En ouvrant les travaux, l’inspecteur Diallo a insisté sur la portée symbolique de cette journée, historiquement liée aux luttes sociales. Il a rappelé que l’enseignant occupe une place centrale dans le développement du pays, en tant que formateur de citoyens et acteur de transformation sociale.

Former autrement pour répondre aux défis de demain

L’intervention de Fily Diallo, enseignante du préscolaire, a mis en lumière un maillon souvent négligé. Elle a souligné l’importance des premières années dans le développement de l’enfant, tout en déplorant le manque de structuration du préscolaire dans plusieurs localités.
Elle a plaidé pour une meilleure formation des acteurs, mais aussi pour une valorisation des langues nationales et des pratiques culturelles dans l’apprentissage, afin de renforcer l’ancrage de l’école dans son environnement.

De son côté, le directeur d’école Ba a insisté sur la nécessité d’adapter l’éducation aux mutations économiques et technologiques. Il a appelé à renforcer les compétences de base dès le primaire et à diversifier les parcours de formation.

Alors, faut-il former pour l’emploi d’aujourd’hui ou pour celui qui n’existe pas encore ? La question de l’adéquation entre formation et emploi a occupé une place centrale dans les échanges du panel. Dans un contexte marqué par un chômage persistant des jeunes, l’efficacité du système éducatif est de plus en plus interrogée.

Saliou Ndianor, responsable pédagogique du CFP 1, a pointé les limites des réformes actuelles, notamment l’application incomplète de l’approche par compétences et le décalage entre les programmes et les réalités du marché du travail. Pour lui, il est urgent de moderniser les équipements, de réviser les contenus de formation et d’intégrer davantage les besoins économiques dans les curricula.

L’intégration des technologies numériques apparaît également comme un levier essentiel. Face à l’évolution rapide des métiers, le système éducatif doit anticiper et préparer les apprenants à des compétences en constante mutation.

Enfin, l’inspecteur Ball  dressé un constat lucide : le système éducatif sénégalais reste trop théorique, ce qui limite l’insertion professionnelle des jeunes et contribue à la dévalorisation des filières techniques.
Il a appelé à une refonte des programmes, à une revalorisation de la formation professionnelle et à un changement des mentalités vis-à-vis des métiers techniques.

El Hadji Ibrahima FAYE 

Leave A Reply

Your email address will not be published.