La décision du ministre de l’Intérieur, Me Bamba Cissé, de mettre fin aux garages clandestins et à l’occupation anarchique des espaces publics, saluée par beaucoup comme une mesure d’assainissement, soulève des questions cruciales sur ses conséquences humaines et sociales. Au-delà de l’image d’une ville plus propre et mieux organisée, se cache une réalité plus sombre : celle de centaines de familles qui se retrouvent, du jour au lendemain, sans aucune source de revenus.
Si l’on ne peut nier les désagréments que ces garages occasionnent — insalubrité, risques sécuritaires et entraves à la circulation — il est essentiel de reconnaître que ces espaces sont avant tout le lieu de travail de milliers de mécaniciens, de carrossiers et de soudeurs. Pour beaucoup d’entre eux, cette activité, bien que précaire, est l’unique moyen de subvenir aux besoins de leur famille. Couper cette source de subsistance sans proposer d’alternative concrète, c’est condamner ces personnes à la pauvreté et à l’incertitude.
Le déguerpissement, bien que nécessaire pour la gestion de l’espace public, ne peut être une fin en soi. Il doit s’inscrire dans une politique sociale globale qui offre de véritables solutions. Faute de quoi, ces mesures risquent d’alimenter le chômage, la précarité et, à terme, la tension sociale. La question qui se pose est la suivante : qu’est-ce que le gouvernement compte faire pour ces Sénégalais qui luttaient déjà pour joindre les deux bouts et qui, aujourd’hui, sont face à un avenir incertain ?
La régularisation de ces métiers et la création d’espaces de travail aménagés et dignes pourraient être une piste à explorer pour concilier l’assainissement urbain et la protection des plus vulnérables. Car derrière les « clandestins » se cachent avant tout des hommes et des femmes qui ont besoin de vivre dignement.
Pour une ville plus propre, oui, mais pas au détriment de l’humain.